Le sommeil est l'un des facteurs environnementaux de la santé le plus profondément modifié par l’évolution de nos sociétés. Il est une fonction vitale de l’organisme et joue un rôle crucial pour notre état de bien-être dans la journée et pour notre capital santé. Or, en France, une personne sur trois est touchée par un trouble du sommeil.
A quoi sert le sommeil ? Quelles sont les conditions pour avoir un bon sommeil ? Quels sont les troubles du sommeil et leurs impacts sur notre capital santé ?

RÉPONSES AVEC LE PROFESSEUR RENAUD TAMISIER
Pneumologue, professeur des Université et Président du Centre du Sommeil de Grenoble

À quoi sert le sommeil ?

Le sommeil est un état physiologique qui a été longtemps considéré comme une absence d'éveil. Nous savons maintenant que le sommeil est une période pendant laquelle différents réseaux de neurones se mettent en action pour effectuer des tâches spécifiques.

Parmi celles-ci, des tâches de régénérations, de repos, d’optimisation de nos capacités cérébrales ou encore des tests de nouvelles connections neuronales. Durant le sommeil profond, le cerveau possède un « système glymphatique » qui est un système de nettoyage qui élimine les déchets et les toxines accumulés pendant la journée.

Cette fonction s'apparente à la fonction rénale qui draine le sang de ses impuretés. Si la durée « idéale » du sommeil suscite encore beaucoup de débats, une étude prouve qu’elle s’est amenuisée de 90 minutes par semaine depuis les années 50.

Quelles sont les conditions pour un bon sommeil ?

Un bon sommeil se prépare. Il est illusoire de penser obtenir un bon sommeil si notre cerveau est en complète ébullition. De tous temps, notre capacité à lutter contre le sommeil grâce à notre vigilance nous a permis de nous adapter aux différentes situations de stress, de besoins vitaux, de travail ou de comportements sociaux : gérer notre niveau de vigilance nous permet d'impacter la qualité de notre sommeil. Il faut aussi privilégier le confort pour établir un bon sommeil. Le confort matériel d'une chambre au calme, d'un lit confortable, mais il faut créer aussi un confort psychologique, où l’on sera déconnecté de toutes les stimulations auxquelles nous sommes exposés dans la journée : liste des tâches, stress, écrans numériques, pollutions sonores et lumineuses, etc.

Quels sont les principaux troubles du sommeil ?

Les troubles du sommeil englobent à la fois les pathologies qui s'aggravent au cours du sommeil, les pathologies qui n'existent qu’au cours du sommeil, les pathologies qui s'expriment par un sommeil qui paraît insuffisant ou par un sommeil qui ne semble pas être présent. 

La pathologie principale est le syndrome d'apnée du sommeil qui correspond à une fermeture partielle ou globale de la gorge au cours du sommeil provoquant des étouffements répétés appelés apnées. Ces apnées se répètent de 20 à 50 fois par heure et rendent le sommeil totalement inefficace avec pour conséquences une somnolence dans la journée et une augmentation du risque cardiovasculaire. 

L'insomnie est présente chez un Français sur trois (enquête Santé Publique France) avec une part importante d’insomnie psychophysiologique, à savoir un trouble du comportement vis-à-vis du sommeil combiné à des habitudes contre-productives de gestion du sommeil. 

Il existe aussi des pathologies plus rares appelées hypersomnies centrales, comme la narcolepsie ou l’hypersomnie idiopathique. 

Enfin, les patients souffrant d'un syndrome des jambes sans repos montrent souvent une altération de la qualité du sommeil qui, là aussi, nécessite un traitement pour améliorer la qualité de vie.

Quels sont les effets des troubles du sommeil sur notre santé ?

Ils ont des effets néfastes sur notre qualité de vie, mais aussi sur notre aptitude au travail et notre sécurité. La prise en charge des pathologies du sommeil améliore de façon très importante la qualité de vie des patients. Il est, en revanche, beaucoup plus difficile d'établir exactement les liens entre les pathologies du sommeil et la santé. Le lien entre pathologie cardiovasculaire et syndrome d'apnée du sommeil est celui qui a été le plus étudié. Si la présence d'un syndrome du sommeil est directement associée à une augmentation du risque d'hypertension d'accident vasculaire cérébral ou de trouble du rythme cardiaque, le traitement de cette pathologie n'est pas encore suffisant et doit être associé à la prise en charge globale du risque cardiovasculaire. La dette de sommeil, la prise de médicaments sédatifs ou le syndrome d'apnée du sommeil non traités représentent des risques indéniables sur la santé, avec notamment des troubles de l'attention au volant, ou sur des postes de travail d'attention.

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