"Il faut interdire la cigarette électronique aux moins de 18 ans"

Actuellement, environ 500 000 personnes en France utilisent une cigarette électronique pour arrêter de fumer. La Ministre de la Santé, Marisol Touraine, vient de demander une étude sur ce produit vendu en France depuis 2006.

Cette fausse cigarette, à l’allure d’un stylo, qui dégage de la vapeur, contient du propylène glycol, de la glycérine végétale, des arômes alimentaires, un peu d’eau et d’alcool, de la nicotine (pas toujours) à des doses plus ou moins faibles. Le problème est qu’on ne connait pas ses effets sur la santé ni si elle est réellement efficace dans le sevrage tabagique. En 2011, l’Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps) recommandait de ne pas l’utiliser.

Interview du Pr Gérard Dubois, professeur de santé publique, chef du service d’évaluation médicale du CHU d’Amiens et président d’honneur du Comité national de lutte contre le tabagisme.

La cigarette électronique est-elle sans danger ?

Probablement non. Pas parce qu’elle contient de la nicotine - qui n’est pas dangereuse à très petite dose- mais parce que l’utilisateur est amené à inhaler en forte concentration des produits dont l’innocuité a été étudiée pour des voies autres que respiratoires. Il a déjà été constaté un impact de bronchocontriction pouvant gêner la respiration. Certes, elle est beaucoup moins nocive que le tabac classique qui tue 73 000 personnes par an en France mais c’est un produit totalement incontrôlé dont on ne sait pas les conséquences à moyen et long terme. Si on veut appliquer le principe de précaution, il faut au minimum l’interdire aux moins de 18 ans. On ne doit pas l’autoriser non plus là où il est interdit de fumer, dans les lieux publics et au travail.

Pourquoi ?

Parce que la vapeur exhalée ressemble à de la fumée de cigarettes. Même si elle ne contient pas de goudrons et autres substances cancérigènes et qu’elle est moins toxique, il n’y a aucune raison d’y exposer qui que ce soit. De plus, cela créée une confusion, voulue par l’industrie du tabac, avec l’acte de fumer. Une étude sur des jeunes parisiens montre que l’initiation à la cigarette se fait de plus en plus souvent, aujourd’hui, avec la cigarette électronique. Or, quand elle contient de la nicotine, on engendre une dépendance.

Permet-elle de moins fumer ?

On ne sait pas. Certains fumeurs déclarent avoir arrêter ou moins fumer. Mais ce ne sont que des témoignages, il n’ont pas de valeur scientifique. Il faut faire une étude sérieuse pour évaluer son efficacité thérapeutique. Auquel cas, il faudra qu’elle soit considérée comme un médicament, qu’elle ait une autorisation de mise sur le marché et qu’elle soit vendue en pharmacie. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Pour le moment, on est dans un trou noir du point de vue réglementaire. On ne lui applique pas la législation du tabac, notamment l’interdiction de la publicité, ni celle du médicament.