JNM2019

8 • JNM 2019 ENCOURAGER L’INSTALLATION DES JEUNES MÉDECINS L’engorgement des urgences hospitalières est la conséquence directe de l’insuffisance de l’offre en médecine libérale. La priorité est donc d’attirer des médecins dans les zones déficitaires – et pas seulement les zones rurales, souligne Jean-Louis Mercier, certaines banlieues et certains centres- villes, sont aussi concernés. Pour autant, obliger les praticiens à s’installer là où on en a besoin est très difficile remarque Christian Anastasy car, depuis 1927, la charte de la médecine libérale en France fait que chaque docteur a le libre-choix de son exercice et de ses patients. Cependant, les choses évoluent, souligne le professeur Touraine : la part des jeunes médecins optant pour le salariat progresse au détriment du libéral. On est déjà à 50/50, et la tendance se poursuit. Quoi qu’il en soit, il faut repenser le terme «obliger ». Certains pays l’ont fait, note Jean-Louis Mercier, citant l’exemple du Québec, où le gouvernement a imposé en contrepartie de la gratuité des études de médecine, une affectation obligatoire pendant 5 ans. La France doit à son tour inventer une forme d’incitation attractive et efficace pour combler le déficit en médecine générale sur tout le territoire. QUEL RÔLE POUR L’ÉLU LOCAL ? Premiers à vouloir attirer des médecins dans leur commune, beaucoup d’élus investissent dans un cabinet médical, espérant attirer ainsi la « perle rare ». Mais pour un jeune médecin chargé de famille, l’attractivité n’est pas qu’une question matérielle, elle dépend aussi de la présence de services sur place (école, collège, poste, commerces…) et des perspectives d’emploi pour le conjoint. Pour Jean-Louis Touraine, il semble préférable que l’élu local travaille en amont avec les professionnels, les facultés de médecine et les étudiants eux-mêmes, afin de co-construire un projet pérenne. À plusieurs, les jeunes médecins peuvent décider de la forme de leur installation, puis expliciter leurs besoins aux communes. Les stages sont aussi un bon levier pour convaincre des étudiants à s’installer en zone rurale. Jusqu’à une date récente, les stages n’avaient lieu qu’en CHU ou dans les grandes villes. Aujourd’hui les stages dans des cabinets médicaux périphériques se développent. Certains, à l’usage, peuvent apprécier d’exercer en zone rurale, pour une meilleure qualité de vie. «La problèmatique de la désertification médicale est liée à l’organisation générale des études médicales et au financement des pratiques.» Christian ANASTASY, ancien Inspecteur Général des Affaires Sociales

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