Mutualia21

mutualia.fr # 11 L’un des exercices consiste à noter chaque soir pendant deux semaines, jusqu’à cinq choses, petites ou grandes, pour lesquelles l’on éprouve de la gratitude. La tenue de ce « journal de gratitude » permet de terminer la journée avec un sentiment plus élevé de satisfaction et de modifier notre regard sur les jours suivants : on devient plus attentif aux éléments satisfaisants, aux petites attentions d’autrui, à la nature qui nous entourent… Peut-elle nous aider dans les situations de stressmajeur, comme la crise du Covid-19 ? R.S. : Plus nous sommes stressés, plus le biais de néga- tivité est renforcé. Il est alors d’autant plus important de rééquilibrer notre regard sur la réalité pour éviter des ten- sions inutiles pour nous-mêmes et avec nos proches. Lors de situations anxiogènes, nous percevons davantage les défauts des autres, les erreurs, les manques. Pour cultiver des relations positives avec les personnes que nous cô- toyons, nous avons tout intérêt à remettre chaque matin une « paire de lunettes » qui nous permet de voir les qua- lités, les efforts, les moments partagés agréables. Sinon, le processus d’habituation hédonique, présent chez tout humain, diminue notre conscience de ce qui est agréable et nous cherchons plus de sensations, plus de nouveauté, sans percevoir ce qui est présent et qui participe à notre mieux-être. Au quotidien, que faire alors de nos pensées négatives et de notre stress ? R.S. : Il ne s’agit pas de repousser nos pensées négatives ou notre stress car plus nous les repoussons, plus cela nous angoisse et prend de la place. L’objectif est simplement de regarder aussi le reste de la réalité, pour rééquilibrer notre perception de la situation dans son ensemble. Dans les programmes de psychologie positive que nous menons comme le programme CARE développé avec Ilios Kot- sou, Christophe André et d’autres collègues, nous propo- sons plutôt d’accueillir les pensées et émotions difficiles pour rester connecté à nos besoins respectifs, et orienter aussi l’attention vers les ressources en présence et les mo- ments où ces difficultés sont un peumoins présentes. Cela permet de maintenir une vision optimiste de la situation qui consiste à considérer qu’il est possible d’agir, chacun à sa mesure, pour que les choses se passent au mieux. À l’inverse, se laisser envahir par les pensées négatives, engendre un sentiment d’impuissance qui démobilise et diminue la tendance à agir sur la situation. Quels changements attendre de cette pratique ? R.S. : Les changements sont de l’ordre de l’attention d’une part : on perçoit plus d’éléments de la réalité. Ces modifications attentionnelles agissent ensuite sur nos émotions qui deviennent plus positives, sur notre évalua- tion de notre existence qui devient plus satisfaisante, sur notre état mental en réduisant les symptômes anxieux et dépressifs, sur notre état physique en diminuant la fatigue et augmentant la vitalité, et sur nos relations, car les émo- tions positives favorisent une plus grande ouverture d’es- prit, une plus grande capacité d’écoute et donc unmeilleur ajustement de nos actions. Des voix s’élèvent contre cette tendance à vouloir tout positiver qui en deviendrait une injonction sociétale. Qu’en pensez- vous ? R.S. : La psychologie positive n’a jamais préconisé une telle attitude car il est effectivement contre-productif de vouloir tout positiver. Cela entraîne un manque d’écoute de soi et des autres, de ses besoins et de ceux d’autrui. Toute émotion signale qu’un élément de la réalité devrait être pris en compte et ne correspond pas à mes besoins, mes valeurs, mes possibilités. Ces émotions ont donc toute leur importance et sont des informations essen- tielles à propos de nous et des autres. En cas de difficulté, il est important de s’arrêter et de la prendre en compte réellement. Si un enfant vous dit qu’il n’a plus d’ami et que vous répondez « t’inquiètes pas, ça ira mieux demain ! » ou votre adolescente vous dit que son copain l’a quittée et vous répondez « un de perdu, dix de retrouvés ! », vous n’accueillez pas l’émotion difficile de votre enfant. Au lieu de l’aider à comprendre la situation et à digérer un événement difficile, vous essayez de passer à autre chose en « positivant », mais cela diminue le sentiment d’être écouté, la confiance et, à terme, la qualité de la relation. La psychologie positive préconise un rééquilibrage des biais attentionnels, des biais cognitifs pour ne pas voir tout en noir et bien percevoir les nuances de la réalité. C’est sur la base de ces nuances que chacun peut trouver des res- sources, des idées créatives pour faire face au quotidien et développer la résilience. _ Propos recueillis par Blandine Mellouet-Fort

RkJQdWJsaXNoZXIy NjQwMDUy