La gestion de l’eau, une clé pour répondre aux enjeux climatiques

La gestion de l’eau, une clé pour répondre aux enjeux climatiques

Le changement climatique se manifeste principalement par des changements dans le cycle de l’eau. À mesure que le climat change, les sécheresses, les inondations, la fonte des glaciers, l’élévation du niveau de la mer et les tempêtes s’intensifient ou se modifient, souvent avec de graves conséquences (sécurité de l’eau, famines, conflits…). Il est plus que jamais nécessaire de s’adapter à ces nouvelles conditions en plaçant la gestion de l’eau au cœur de la résilience climatique. Afin d’atteindre ces objectifs de développement durable, quels sont les moyens que nous pouvons mettre en œuvre ?

Pourquoi l’eau est-elle au cœur des enjeux ? Quels scénarios possibles dans un contexte de dérèglement climatique ?

Le changement climatique est l’une des menaces les plus importantes pour nos sociétés humaines. L’eau est le principal moyen par lequel le changement climatique influence les écosystèmes de la planète et donc les moyens de subsistance et le bien-être des populations. Les changements dans le cycle hydrologique en raison des changements climatiques peuvent entraîner divers impacts et des risques.

À l’échelle planétaire

Les ressources renouvelables en eau de surface et souterraine dans la plupart des régions subtropicales sèches devraient diminuer en raison du changement climatique. La fraction de la population mondiale qui sera affectée par la pénurie d’eau et les inondations fluviales devrait augmenter avec le niveau de réchauffement au cours de ce siècle. L’agriculture est directement liée à l’eau et, par conséquent, la sécurité alimentaire sera potentiellement affectée par le changement climatique, y compris la production alimentaire, le transport, les processus, l’accès, l’utilisation et la stabilité des prix.

Le changement climatique et les impacts associés sur l'eau devraient entraîner une augmentation des maladies liées à l'eau dans de nombreuses régions et en particulier dans les pays en développement à faible revenu. Les zones rurales devraient connaître des impacts majeurs sur la disponibilité et l'approvisionnement en eau, la sécurité alimentaire, les infrastructures et les revenus agricoles, y compris des changements dans les zones de production de cultures vivrières et non alimentaires dans le monde.

En France

La France est en train de se « méditerranéiser », repoussant plus haut les limites du climat méditerranéen (+ 60 à 100 km depuis 1980). Toulouse, Millau, et Montélimar sont devenues des villes méditerranéennes, tandis qu’Albi, Valence et Lyon sont en situation de transition pré-méditerranéenne.

Il en résulte divers impacts qui s’aggraveront encore avec le temps :

  • Baisse sensible de la teneur en eau des sols en raison de la forte évapotranspiration, ayant pour conséquence une réduction de l’aptitude à la production en pluvial et une croissance de la demande en eau d’irrigation, alors que la ressource disponible se réduit en été
  • Aggravation importante des problèmes d’inondations
  • Impacts des canicules sur la santé, la productivité agricole et du travail
  • Baisse du nombre d’exploitations agricoles (jusqu’à -65% dans certaines régions de France)

Le changement climatique en France a déjà une influence importante et négative sur la productivité du blé tendre et dur, la vigne et bien d’autres productions, fourragères par exemple.

 

Produire plus avec moins d’eau, c’est possible ?

L’agriculture utilise aujourd’hui 70 % des ressources d’eau douce mondiale et en gâche la plus grande partie, notamment en raison de systèmes d’irrigation en mauvais état et de méthodes agricoles non optimisées. Face aux conséquences climatiques et la croissance de population mondiale, des mesures doivent être prise.

1/ Améliorer les systèmes d’irrigation est la priorité

Pratiquée correctement, l’irrigation jouera un rôle crucial pour nourrir l’humanité. L’agriculture devra améliorer la performance de sa production irriguée pour répondre aux enjeux de l’intensification durable. Plusieurs pistes d’améliorations sont envisageables :

  • Augmenter l’usage de la micro-irrigation (procédé du goutte-à-goutte ou irrigation localisée), une solution technologique consistant à distribuer l’eau par un réseau de canalisations sous faible pression dans le voisinage immédiat de plantes cultivées
  • Réduire ou abandonner l’irrigation de surface et par aspersion, entraînant beaucoup trop de gaspillage et favorisant l’engorgement et la salinisation des sols
  • Favoriser l’irrigation déficitaire régulée et ses variantes qui impose un contrôle de l’intensité du déficit hydrique pendant certaines périodes du développement des plantes. Ses effets bénéfiques sur les niveaux de rendements ont maintes fois été démontrés sur de nombreuses espèces arboricoles, en particulier utilisée conjointement avec la micro-irrigation.
  • Développer l’irrigation de précision à grande échelle. Par exemple, il est possible d’utiliser des capteurs enterrés qui analysent l’humidité du sol couplés à une station météo qui récolte les données. Les agriculteurs peuvent ainsi décider quand et comment arroser, ou bien utiliser des systèmes qui déclenchent automatiquement l’irrigation.

2/ Favoriser les méthodes agricoles peu gourmandes en eau

  • Cultures hydroponiques, aéroponiques et aquaponiques
  • Diversification des cultures en incluant dans les rotations d’autres fruits et légumes nécessitant peu d’eau : haricots verts, asperges, ail et variantes, pois, lentilles…
  • Utiliser des variantes d’espèces plus résistantes à la sécheresse
  • Recourir à des systèmes de production en sec sous couvert de paille ou buttes de foin
  • Favoriser l’agriculture de précision (lien vers l’article sur les nouvelles technologies) en incluant les nouvelles technologies pour optimiser la productivité et la résilience en apportant le moins d’eau possible

Cas concrets de gestion de l’eau en France

À la station expérimentale et de recherche fruits et légumes (SERFEL) dans le Gard, l’arrivée de l’irrigation a permis de modifier le paysage, en passant de la monoculture de la vigne à une nouvelle diversité arboricole (abricots, pêches, pommes, cerises) et maraîchère. Grâce à l’irrigation, tous les vergers sont enherbés sur au moins 50 % de la surface afin d’éviter le tassement et l’érosion des sols. Toute l’irrigation est sous pression et tous les porte greffe sont adaptés à la sécheresse, tandis que l’utilisation de l’azote est a été divisée par trois au cours des 50 dernières années. Les producteurs réfléchissent à de nouvelles mises en œuvre de l’agroécologie en agissant directement sur l’irrigation, notamment en améliorant encore son pilotage.

Toujours dans le Gard, où la « méditerranéisation » est particulièrement palpable, Bertrand Féraut, agriculteur bio depuis 20 ans et président de la coopérative Uni-Vert, a mis en place un système d’irrigation qui a permis notamment d’améliorer la biodiversité des sols. Dans son exploitation (16 ha de vergers, maraîchage sur 3 ha en plein champ et 1 ha de serre), tout est irrigué et il utilise des microjets avec des électrovannes pour arroser la nuit. Tous les brise-vent sont également irrigués, tandis que ses haies sont très diversifiées et mises à profit avec l’installation de nichoirs.